
Léon Bloy (1846-1917) ressemble à un prophète de l'Ancien Testament dénonçant les vices de la société qui l'entoure. Il ne cesse de lancer ses anathèmes contre la veulerie de ses contemporains, de fustiger leur matérialisme, leur incapacité de s'élever au-dessus des mesquineries quotidiennes et de concevoir un quelconque idéal. Pèlerin d'un absolu situé hors du temps, menant une vie non pas de moine (bien au contraire) mais de marginal bourru, Bloy a fini par devenir un étranger dans son propre pays, moqué, honni. Ses romans (La Femme Pauvre, Le Désespéré) et ses nouvelles (Histoires désobligeantes) n'ont d'abord été appréciés que par de rares lecteurs avertis. Quant à son Journal, auquel il a consacré les vingt-cinq dernières années de sa vie, il est resté totalement méconnu. Il s'agit pourtant d'un des textes majeurs de cette littérature autobiographique qui mène des Confessions de Rousseau au journal de Gide. Avec une intransigeance et une violence qui n'ont pas leur pareil, Bloy retrace l'histoire de sa vie et de son œuvre, évoque ses rencontres, enregistre ses impressions de lecture, nous fait part de ses tentations, de ses colères, de ses doutes, de ses déchirements. Ce texte n'est pas seulement un document unique sur la Belle Epoque, mais aussi le cri d'un homme de douleur meurtri dans sa chair et dans son âme. ROBERT KOPP Cette édition du Journal de Léon Bloy comporte deux tomes. Le premier réunit Le Mendiant Ingrat, Mon Journal, Quatre Ans de captivité à Cochons-sur-Marne et L'Invendable. Il est précédé d'une introduction générale et d'une chronologie. Le second contient - outre une préface - Le Vieux de la Montagne, Le Pèlerin de l'Absolu, Au seuil de l'Apocalypse et La Porte des Humbles. Un triple Index (des noms, des œuvres et des références bibliques) facilite la consultation de l'ensemble. L'établissement du texte, l'annotation et les présentations ontLéon Bloy n'aura eu de son vivant qu'une carrière de romancier décevante, ne rencontrant jamais vraiment de succès retentissant. En parallèle à ses travaux de fiction, il tient à partir de 1892 un journal pour lequel il n'a aucune ambition de publication et qui pourtant restera son oeuvre majeure. Épris d'absolu, ulcéré par la bêtise de son époque et la mesquinerie de ses contemporains, Léon Bloy fit partie de cette génération d'auteurs qui, comme Huysmans, ont repris sur le tard la voie du catholicisme pour satisfaire un besoin de transcendance. Il est, à l'image de son roman éponyme Le Désespéré, mais aussi le révolté chronique, le pourfendeur de la sottise bourgeoise qu'il éreinte à longueur de pages. Son journal révèle un auteur à la plume virtuose mais trempée dans l'acide, un homme emporté et intransigeant, volontiers misanthrope, brillant mais condamné à la solitude. Il traque les faux-semblants, maltraite l'hypocrisie, décortique (dans "l'exégèse des lieux communs") les ressorts du discours convenu d'un monde qui se complait dans son étroitesse d'esprit. Le Journal de Léon Bloy est une quête de sens effrénée, emplie d'un humour cruel et d'un grand sens poétique. --Lenaïc Gravis et Jocelyn Blériot
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