
Ça a débuté comme ça. Avec La Femme aux bas blancs et L'Origine du monde de Courbet. Jusque-là, la représentation du corps nu est acceptable, tout ce qu'il y a de plus décent, de plus conforme aux mœurs, et l'évocation du bordel reste dans le carcan de la gravure. Seuls quelques rares peintres (mais non des moindres) avaient osé placer au centre de leur œuvre des femmes licencieuses, des corps abandonnés l'un à l'autre, des êtres turgescents, comme Gerard Ter Borch ou (plus encore) Jan Steen, l'abuseur amuseur, un rien iconoclaste, l'ironique insatiable de la peinture flamande au XVIIe siècle. À la suite de Courbet vont s'engouffrer dans le sujet Degas, Manet, Toulouse-Lautrec, Picasso, Derain, Munch, Picabia, Fautrier. Des artistes peu respectueux des conventions et influencés par les gravures pornographiques. C'est que le bordel a un atout, dit Emmanuel Pernoud, historien de l'art, et auteur de cet ouvrage remarquable, un atout
qui réside dans son innocence artistique : globalement ignorée par la peinture, exonéré des signes extérieurs de la bienséance, il va s'offrir comme une terre vierge pour réapprendre à voir l'homme chez lui.Les artistes prendront cette terre vierge comme une invitation. En somme, rien moins qu'une réappropriation de l'art et de ses représentants du monde avec ses torts et travers, ses émotions, ses plaisirs, sa jouissance, d'une figure l'autre. Et sans hypocrisie. --Céline Darner
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