
3Essence maternelle et sens féminins. Voilà tout ce que décline, remarquablement, cette nouvelle œuvre de Cristina Comencini (fille de Luigi, le réalisateur italien). On sait ce que sont les matriochka, ces petites poupées russes en bois qui s'emboîtent les unes dans les autres, semblables et à la fois différentes. C'est de l'empilement, de l'encastrement. Il y a dans ce texte, qui tire justement son titre dans cet artisanat russe typique, quelque chose de cet empilement qui fait la vie : une jeune femme, mère, aux ambitions littéraires manquées, est chargée d'écrire la biographie d'une artiste, sculpteur célèbre, vieille dame âgée, obèse et au premier abord farouche et autoritaire. Après nombre d'entretiens, qui sont comme autant de rounds d'observation émaillés de quelques coups, va naître un réel échange, un rapport intime entre cette femme qui raconte, qui "donne" sa vie et celle qui la reçoit. Une vie articulée autour de la création, avec ses aléas, déployée en échos, en ricochets entre les deux personnages, au fil d'imbrications qui voient les figures féminines se succéder, surgir. Il n'y aura pas de biographie, mais une fiction, inspirée par cette femme gigogne, ce qui est une autre manière d'accoucher. Tant bien que mal, et ici aux forceps, dans une langue déliée, délicate... --Céline Darner
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