
3Souvenez-vous, c'était le dernier grand projet mitterrandien, l'idée d'une "Très Grande Bibliothèque" et la délocalisation ou plutôt le désengorgement de la Bibliothèque nationale de Richelieu vers un nouveau site, dans l'est parisien, derrière le pont de Tolbiac. Le résultat a été plus qu'éloquent, pharaonique : une sorte de gigantesque esplanade flanquée de quatre tours – les mauvaises langues l'appellent "la table renversée" – qui a coûté au total 8 milliards de francs et jouit d'un budget de fonctionnement annuel proportionnel à sa démesure.
François Stasse, directeur de la BNF de 1998 à 2001, peut sortir aujourd'hui de son devoir de réserve pour nous donner sa vision de la bibliothèque. Long réquisitoire et pointage des multiples dysfonctionnements du bâtiment (certains ne manquent pas de piquant comme l'histoire des tours transparentes devenues opaques ou le décrochage accidentel de certains pans de mur), ce document s'interroge aussi et surtout sur cette spécificité très française de vouloir se singulariser par des projets écrasants, arrogants, spectaculaires mais restant, dans le fond, malcommodes, précaires, fantasques. Dans le dernier chapitre de l'ouvrage intitulé "Et pourtant, elle tourne", François Stasse modère un peu son jugement et fait quelques propositions, notamment sur une ouverture de la bibliothèque en nocturne, afin de donner son plein essor et sa vraie mesure à ce trop beau jouet de la culture française. --Denis Gombert
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