
Voilà bien la plus étonnante des aventures industrielles de l'histoire automobile française : comment une entreprise aussi mal gérée a-t-elle pu bâtir un tel mythe et durer aussi longtemps dans un monde si impitoyable ? Le parcours de Facel-Metallon et de son géniteur, Jean Daninos, est tout bonnement inimaginable. A lire François Coignard, c'est même ahurissant tant tout se liguait pour que rien ne fonctionne. Des partenaires versatiles, un goût du luxe immodéré, des méthodes de management et de fabrication plus qu'artisanales, M. Coué comme moteur d'illusions... Les documents reproduits renvoient l'image d'un immense gâchis, aussi bien commercial qu'humain et technique. Pourtant, la marque Facel jouit aujourd'hui d'une incroyable aura et symbolise à elle seule le haut de gamme à la française, une survivance anachronique portée à bout de bras par l'inflexible volonté d'un esthète. L'auteur parle de « jardin d'Eden, de paradis perdu dont on entretiendrait avec ferveur le souvenir ». Il évoque le « sentiment d'être en présence d'un mal bien français, celui de ne pas savoir traduire en succès commerciaux des réalisations remarquables ». On pourrait ajouter que c'est là l'exemple absolu d'une folie des grandeurs confinant à l'entêtement le plus aveugle. Mais n'est-ce pas justement ce que l'on demande aux entrepreneurs ? La recherche d'une certaine excellence, quel qu'en soit le prix. Et c'est bien par là que pèche cet ouvrage, réalisé lui à l'économie, bien loin des ambitions de la marque qu'il entend défendre. L'iconographie est pauvre et mal valorisée, la mise en page s'est inscrite aux abonnés absents, la relecture est tout aussi dilettante et l'on aurait aimé plus de liant dans un texte qui évacue un peu trop vite le personnage et l'avant Facel Véga, pourtant annonciateurs du désastre...
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